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Texte et commentaire présentés,
lors de la prérentrée des enseignants et des éducateurs,
en septembre 1998
Du management, il y a plus de 2500 ans !
La Bible, Livre de l’Exode, chapitre 18 :
13 Le lendemain, Moïse s’assit pour rendre la justice au peuple, tandis que le peuple demeurait debout auprès de lui du matin au soir. 14 Le beau-père de Moïse, voyant tout ce qu’il faisait pour le peuple, lui dit : « Comment t’y prends-tu pour traiter seul des affaires du peuple ? Pourquoi sièges-tu seul alors que tout le monde se tient auprès de toi du matin au soir ? » 15 Moïse dit à son beau-père : « C’est que le peuple vient à moi pour consulter Dieu. 16 Lorsqu’ils ont une affaire, ils viennent à moi. Je juge entre l’un et l’autre et je leur fais connaître les décrets de Dieu et ses lois. » 17 Le beau-père de Moïse lui dit : « Tu t’y prends mal ! 18 A coup sûr tu t’épuiseras, toi et ton peuple qui est avec toi, car la tâche est trop lourde pour toi ; tu ne pourras pas l’accomplir seul. 19 Maintenant écoute le conseil que je vais te donner pour que Dieu soit avec toi. Tiens-toi à la place du peuple devant Dieu, et introduis toi-même leurs causes auprès de Dieu. 20 Instruits-les des décrets et des lois, fais-leur connaître la voie à suivre et la conduite à tenir. 21 Mais choisis-toi parmi tout le peuple des hommes capables, craignant Dieu, sûrs, incorruptibles, et établis-les sur eux comme chefs de milliers, chefs de centaines, chef de cinquantaines et chefs de dizaines. » 22 Ils jugeront le peuple en tout temps. Toute affaire importante, ils te la déféreront et toute affaire mineure, ils la jugeront eux-mêmes. Allége ainsi ta charge et qu’ils la portent avec toi. 23 Si tu fais cela et que Dieu te l’ordonne tu pourras tenir et tout ce peuple, de son coté, pourra rentrer en paix chez lui. » 24 Moïse suivit le conseil de son beau-père et fit tout ce qu’il lui avait dit. 25 Moïse choisit dans tout Israël des hommes capables, et il les mit chefs du peuple : chefs des milliers, chefs des centaines, chefs des cinquantaines et chefs des dizaines. 26 Et ils jugeaient le peuple en tout temps. Toute affaire importante, ils la déféraient à Moïse, et toute affaire mineure, ils la jugeaient eux-mêmes. 27 Puis Moïse laissa repartir son beau-père qui reprit le chemin de son pays. »
(Traduction de la Bible de Jérusalem)
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18, 13 Moïse rend la justice assis. Le peuple, lui est debout ! du matin au soir ! Déjà les files d’attente, le temps perdu, la fatigue, ...
18, 14 Jéthro est le beau-père de Moïse. Ils s’apprécient mutuellement. Le beau-père observe la situation et s’inquiète. C’est normal pour un beau-père qui veut le bonheur de sa fille; pour cela il faut que son époux soit lui-même heureux; et pour cela, il faut que le peuple lui-même soit heureux !
« Pourquoi sièges-tu seul ? Vois-tu le peuple s’épuiser autour de toi ? »
Comme dans les organisations modernes, celui qui est à l’extérieur voit mieux la situation. Il repère mieux le jeu des acteurs; il a du recul; il a des points de comparaison. C’est l’avantage du consultant vis à vis du responsable qui a le nez sur le guidon.
En bon pédagogue, Jéthro pose des questions; il tente de faire voir la situation réelle à Moïse. Il pose tout de suite l’écart majeur : seul face à tout le peuple ! Disproportion des moyens face à la demande ! Et effets désastreux sur le temps des hommes ! Bonnes heures et mauvaises heures des hommes ! Bonheur et malheur !
18, 15 Moïse répond à coté; il n’a pas entendu les questions; il ne prend pas le recul que lui propose son beau-père. Il décrit le processus, l’attente des gens et son action. Il faut là adopter la pertinente formule d’Epictète « Ce qui différencie les hommes, ce ne sont pas les faits, mais la perception des faits » Autrement dit, l’on ne voit pas avec les yeux mais avec son cerveau; l’on ne trouve que ce que l’on cherche; l’on ne peut voir que ce que l’on est prêt à voir.
18, 17 Jethro, avec toute l’autorité de son âge et de son statut, adopte une deuxième tactique; il cherche à ébranler Moïse par un jugement « tu t’y prends mal ». Et il en déduit la conséquence directe : l’épuisement de Moïse et du peuple. C’est une phase essentielle du diagnostic et du processus de décision : quelle est la conséquence de la situation actuelle ? La projection vers le futur est un puissant levier pour faire percevoir le présent.
18, 19 Jethro passe à la phase conseil. Il lui recommande d’écouter.
L’essentiel est que Moïse représente le peuple face à Dieu et soit le porteur de leurs causes. C’est son rôle principal et irremplaçable.
Devant Dieu, il représente le peuple et devant le peuple, il représente Dieu. C’est par ce chiasme qu’il exercera sa responsabilité et sa fonction de chef. Le marginal-séquant de Pierre Morin est l’essence même du chef, ce que d’autres appelleront bêtement être « entre le marteau et l’enclume », ou « avoir le cul entre deux chaises ».
De l’autre coté, il faut donc instruire le peuple; il doit connaître la direction à prendre (le référentiel) et les comportements à adopter (les attitudes). Il faut donc faire de la pédagogie, informer le peuple sur les lois, la morale...; il faut agir en amont pour faciliter l’appropriation du référentiel et pour limiter les situations de recours vers Moïse.
Enfin Moïse doit déléguer, organiser et repartir la charge. Il doit choisir des hommes capables, c’est à dire, craintifs devant Dieu, sûrs et incorruptibles, ... Ce sont les mêmes qualités essentielles du management moderne : humilité (le sens de l’humain et de l’humour), fiabilité et intégrité. L’exemplarité est bien la première des vertus du chef.
Il faut établir une hiérarchie : milliers, centaines, cinquantaines, dizaines. Soit des équipes de 5 à 10 personnes. Il est dit que le chiffre optimum est de 7.
Les juges seront donc plus disponibles pour le peuple. Ils « porteront » leur part de la charge de Moïse; ils devront discerner entre les affaires mineures, qu’ils jugeront seuls, et les affaires plus importantes, qui remonteront dans la hiérarchie.
Nous sommes là devant la vraie définition de la subsidiarité : Faire remonter à l’échelon supérieur ce qui sera mieux traité par lui. C’est le contraire de l’organisation déductive, allant du haut vers le bas.
L’efficacité consiste donc à former et informer le peuple, à lui mettre à disposition une organisation inductive, fonctionnant du bas vers le haut. Cela nécessite que le responsable principal porte la direction, le sens, les valeurs de l’organisation.
18, 23 Attention ! tout cela ne pourra fonctionner « que si Dieu l’ordonne ». Etre chef, est du domaine du sacré, de la transcendance. L’essentiel se joue au niveau des valeurs : être devant Dieu, être exemplaire, être disponible pour le peuple, le former et l’informer, organiser une hiérarchie, ... [ « Hiérarchie » (en grec) = le gouvernement par les prêtres ]. Grâce à cela, le chef pourra « tenir ».
Et grâce à cela, le peuple « pourra rentrer en paix chez lui »; cela est à entendre géographiquement, mais aussi socialement, comme une paix intérieure, due à une bonne régulation sociale : le peuple connaît les décrets et les lois, et il peut recourir à des juges proches d’eux, qui eux-mêmes savent que le chef est disponible et que devant Dieu, ce dernier porte les causes du peuple ... Le cercle vertueux ...
18, 24 La suite du texte est une répétition qui facilitait la mémorisation du texte et sa transmission orale. Le livre n’existait pas encore ... Apres avoir conseillé Moïse, Jethro reprend le chemin de son pays. Le conseil est nomade !
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