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Des enseignants de lycées agricoles du Centre Bretagne
m'ont invité à participer à un séminaire destiné à des étudiants de BTS.
Son sujet est « Pourquoi travailler ? »
Il s'agit du thème d'une épreuve de leur examen final.
Mon intervention porte sur « le travail ».
« Pourquoi Travailler ? »
« Choisissez un métier que vous aimez
et vous n'aurez pas à travailler un seul jour de votre vie. »
Confucius
Au moment ou l'on parle de la fin du travail, au moment ou nous sommes en pleine crise économique et sociale consécutive à la crise financière du 15 septembre 2008, au moment ou la question du stress au travail emplit nos médias, j'ai cherché à prendre du recul. Je vais vous proposer ces quelques données afin que vous réfléchissiez, que vous structuriez votre pensée sur le travail et que vous prépariez ainsi votre réponse à la question « Pourquoi travailler ? »
Avertissement : je ne chercherai pas à vous convaincre. Je ne cherche pas à vous inculquer telle ou telle théorie. Je vous exposerai mes convictions non pour que vous les adoptiez mais pour que vous réagissiez. L'important n'est pas que vous me croyez ou pas : l'important c'est que vous soyez capables de forger votre pensée, vos convictions personnelles. C'est ce qui sera utile pour votre examen à venir et bien au delà, pour votre propre vie.
En fin de matinée, je répondrai d'une manière personnelle à la question « Pourquoi ai-je travaillé ? »
Mais auparavant, je souhaite vous apporter des données et des pistes de réflexion sur le « travail ».
1. Qu'est-ce que le travail ?
2. Quelles sont ses différentes formes aujourd'hui ?
3. Quelle est l'histoire du travail?
4. Quelles sont les formes à venir du travail ?
1. Qu'est-ce que le travail ?
« Étymologie : du bas latin « tri-palium », appareil formé de trois pieux, utilisé pour ferrer ou soigner les animaux, ou comme instrument de torture pour punir les esclaves. Le travail désigne l'effort physique ou intellectuel qui doit être accompli pour faire quelque chose ou obtenir un résultat recherché.
Quelques uns des différents sens du mot travail :
En obstétrique, le travail est synonyme d'accouchement, entre les contractions et la délivrance. « le travail est commencé » dira la sage-femme.
En physique, le travail est le produit de l'intensité d'une force par le chemin parcouru. Son unité de mesure est le « Joule »
En tant qu'occupation rémunérée, le travail est synonyme d'emploi. Le terme travail peut aussi s'appliquer à des activités non rémunérées (Ex : Travail domestique, dans le cadre de la famille)
En économie, le travail est l'un des facteurs de production, avec le capital et la terre. Fourni par des employés en échange d'un salaire, il est organisé et dirigé vers la réalisation de biens ou de services. Le travail est l'un des éléments d'appartenance d'un individu à la société. Mais, selon les points de vue, il est perçu comme un devoir moral et social ou, à l'inverse, comme une exploitation et une aliénation. »
Qui travaille en France ?
| catégories |
population |
| Scolaires |
12.000.000 |
| Etudiants |
2.250.000 |
| Apprentis |
350.000 |
| Employés salariés |
23.600.000 |
| Employés non salariés |
2.770.000 |
| Chomeurs |
2.600.000 |
| Retraités |
14.000.000 |
| Autres |
6.750.000 |
| total |
64.000.000 |
Dans les “autres” se trouvent les bébés et enfants non scolarisés, mais aussi des mères au foyer, …. Oh ! Elles aussi travaillent ! Mais elles ne sont pas rémunérées ! …..... Mais les étudiants aussi travaillent ! Ce concept de travail n'est pas simple !
Pour ce qui nous occupe dans ce séminaire et convaincu que près de 100% d'entre vous aspirent à une activité professionnelle rémunératrice, je vais me centrer pour l'essentiel de mon exposé sur le travail rémunéré (emploi salarié ou indépendant), autrement dit la population active.
En France, nous avons un penchant pour privilégier l'approche du monde du travail par les différents secteurs économiques (primaire, secondaire, tertiaire), les différents statuts : CDI, CDD, Intérim, fonctionnaires, chômeurs, apprentis, … les différentes discriminations concernant les femmes, les jeunes, les handicapés, les non-qualifiés, … sans oublier les débats idéologiques sur des nationalisations, le revenu universel et la fin du travail, … Vous n'avez pas pu y échapper ! J'ai trouvé plus intéressant une approche européenne sur les différentes formes d'organisation du travail qui met en évidence la diversité des situations réelles de travail.
2. Les formes d'organisation du travail dans l’Union européenne :
Dans son enquête menée en 2005, auprès de 30.000 travailleurs dans 27 pays, la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound, voir en annexe) a identifié quatre grands types d’organisation du travail :
-
l’«apprentissage ouvert»,
-
la «production au plus juste»,
-
le «taylorisme»
-
et les formes à «structure simple».
- L’apprentissage ouvert, qui s’applique à 38% des employés interrogés, est caractérisé par des niveaux élevés d’autonomie au travail, d’apprentissage et de résolution de problèmes, de complexité des tâches, d’auto-évaluation de la qualité du travail et, dans une moindre mesure, de travail d’équipe autonome.
- La production au plus juste (26% des employés) est essentiellement définie par un niveau plus élevé de travail d’équipe et de rotation des postes, une autoévaluation de la qualité du travail et des normes de qualité, et différents facteurs qui limitent le rythme de travail.
- Les formes tayloristes d’organisation du travail (20% des employés) correspondent à un niveau faible d’autonomie au travail, en particulier dans les méthodes de travail, une faible dynamique d’apprentissage, une complexité limitée et une sur-représentation des variables mesurant les contraintes au le rythme de travail, la répétitivité et la monotonie des tâches et les normes de qualité.
- Dans les formes à structure simple (16% des employés), toutes les variables de l’organisation du travail sont sous-représentées et les méthodes sont essentiellement informelles et non codifiées.
Les formes d’organisation du travail adoptées dans les 27 États membres de l’UE varient selon le secteur d’activité économique ou la catégorie professionnelle. Les caractéristiques démographiques des travailleurs ont également une influence. D’un point de vue transnational, des différences considérables apparaissent également en ce qui concerne l’importance des quatre formes d’organisation du travail dans l’UE-27. Vous trouverez en annexe une synthèse de cette enquète.
En 2005, auprès de 30.000 travailleurs dans 27 pays, la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail, constate que 80% des salariés sont satisfaits. Les mieux-disants, en cette matière, se trouvent dans les pays scandinaves.
Le pourcentage de travailleurs qui se disent satisfaits ou très satisfaits des conditions de travail dans leur principal emploi rémunéré est le plus élevé dans le groupe de l’apprentissage ouvert et le moins élevé dans celui du taylorisme.
Cette photographie des formes d'organisation du travail aujourd'hui, en Europe, fait apparaître leur diversité. Cela démontre leur dimension culturelle. Elles sont contingentes. Le vécu et le ressenti de chaque travailleur est fonction de multiples facteurs : les conditions de travail, les relations avec les collègues, les responsables, les clients, la culture de l'entreprise, son état d'esprit, …. combinés avec la personnalité, l'histoire, …. du dit travailleur. Il existe une marge de manoeuvre dans l'organisation de notre « vivre ensemble » au travail. Cette approche du travail est essentielle. C'est un sujet à approfondir. Il sera développée demain par un animateur de l'ARACT.
Je souhaite attirer votre attention sur un élément qui est particulier à notre pays, à savoir le dialogue social. En France, il n'est pas bon et nous prenons du retard sur les autres pays européens. Ce qui domine, chez nous, c'est la méfiance. Culture de contestation chez les salariés et d'autoritarisme chez les employeurs. Ce sont les deux faces d'une même culture qui s'auto-alimente. C'est un cercle vicieux. Nous sommes formés à cela. Des spécialistes qui ont comparé les systèmes scolaires ont noté que « ne pas travailler en groupe et suivre des programmes très rigides, plutôt que des objectifs, est très français. Cela formate les individus. » Il y a un lien direct entre les relations pédagogiques et les relations sociales. En décembre dernier, un ami enseignant me décrivait le cours qu'il a fait en terminale, dans un lycée suédois. La comparaison est édifiante et je vous souhaite de rencontrer d'autres européens pour confronter ces attitudes et ces comportements scolaires et professionnels. En illustration de ce point, je vous invite à lire le dossier sur le management du Centre des Jeunes Dirigeants, CJD, que j'ai mis en annexe.
Je vous propose de regarder maintenant ce que fut la place du travail au cours de l'histoire de l'humanité. Cette plongée dans notre passé nous aidera à comprendre les situations présentes et nous aidera à tenter d'entrevoir celles du futur.
3. L'histoire du travail
Pour simplifier et clarifier l'histoire du travail, je propose de prendre comme fil conducteur la grille de lecture d'Alvin Toffler.
3.1. La grille d'Alvin Toffler : « La Troisième vague » (voir les schémas en annexe)
Après l'époque de la cueillette, vers – 8.000 ans avant J-C, apparaît l'ère de l'agriculture. puis vers 1750 l'ère de l'industrie, puis au cours des années 1970 celle de l'intelligence.
Pour vous faire une idée de l'ère de la cueillette, je vous recommande de lire des livres de souvenirs d'indiens d'Amérique ; c'est passionnant. Ils se nourrissent de ce qu'il trouvent : fruits, baies, gibiers, poissons, ... Ils sont nomades. Ils ont souvent faim. C'est une société de survie dans laquelle l'individu a peu de prix. La pérennité de la tribu l'emporte sur la vie humaine. La nature est emplie de dieux qui, par l'intermédiaire des guérisseurs, ordonnent la vie du groupe. Il y a des corvées à assurer, des guerres à faire, des rites à respecter, …. Le lien social est religieux.
L'ère de l'agriculture apparaît à partir de – 8.000 ans av. J-C. C'est l'invention de l'écriture. Les populations se mettent à cultiver leurs terres et à les clôturer. Les religions monothéistes apparaissent. Le plus souvent, la société est régie par le divin et le capital essentiel est la terre. Toute la société est organisée sur ce socle : mariage, coutume, propriété, succession, … Il faut survivre par la culture de la terre pour la majorité des populations. La naissance définit le statut ; Les plus nombreux sont esclaves, serfs, … Le temps est celui du ciel et du divin ; il est cyclique. Le moyen âge un époque de défrichage et d'innovation technique : moulins, socle de charrue en métal, sélection des semences, ...
L'ère industrielle est caractérisée par la lutte contre la nature, le temps « chronos » linéaire, la foi dans le progrès, l'exploitation des ressources fossiles, …
Un système technique se met en place avec ses lois de centralisation, de synchronisation, de concentration, spécialisation, … tout est fait pour accroître l'efficacité.
Si le capitalisme et le communisme s'opposent frontalement, ils intègrent tous les deux les valeurs et les codes de cette ère industrielle.
Mais dans les années 1970, une ère nouvelle perce avec les technologies de l'électronique et de l'informatique, la fin des énergies à faible coût, la fin de l'époque coloniale, ... Ce qui va primer c'est l'innovation et la communication. Les services se développent rapidement. La dimension relationnelle devient essentielle dans tous les métiers.
Aujourd'hui tout s'est complexifié : crise des ressources naturelles, crise écologique, crise alimentaire, crise financière, dans un monde multipolaire, ... Il va falloir mettre de plus en plus d'intelligence entre les personnes, les sociétés et la planète pour que 9 milliards d'êtres humains vivent dignement en 2050. Nous ne pouvons plus continuer à ne nous préoccuper que de techniques et d'accumulation de richesses. Il nous faut réviser les finalités de nos économies ; elles doivent servir nos sociétés et les humains, … et non l'inverse ! J'appelle cette ère nouvelle, « l'ère de l'intelligence » ou « l'ère de la communication » si vous donnez à ce mot son sens étymologique de « mise en commun ». Communiquer veut dire : mettre en commun.
3.2. L'histoire du travail :
Au cours de l'ère agricole, le travail est déconsidéré ; l'homme libre ne travaille pas. C'est le cas dans les cités grecques et romaines. Ce qui est noble, c'est la philosophie, les arts, la politique, …
Pour permettre à quelques hommes libres d'inventer la démocratie, la philosophie et les arts dans les cités grecques, les femmes et les esclaves remplissent toutes les taches domestiques. Dans le patrimoine d'un « pater familias » romain, vous trouvez : ses femmes, ses enfants, ses animaux, ses esclaves, ses terres, ...
La chrétienté va très, très lentement bouleverser cet ordre des choses. Vers le XIème siècles, lors de l'essor des monastères dans toute l'Europe, le travail va être un peu reconnu. Avec la prière, les travaux intellectuels et manuels font partie intégrante de la journée du moine.
Dans la culture chrétienne, le travail est ambivalent : il est un châtiment qui frappe Adam et Ève expulsés du paradis et il est une contribution des humains à la création de Dieu.
Au cours de cette ère agricole, le cosmos (pour les stoïciens) et Dieu (pour les chrétiens) sont les fondements de la société, non le travail.
Puis apparaît l'ère industrielle. Une révolution des esprits survient du fait des travaux et des publications de Copernic en 1543, de Descartes en 1644, en 1687, sans oublier Galilée en 1632.
Grâce au progrès des techniques, en optique notamment, ces hommes de sciences mettent au jour une terre qui tourne autour de soleil, des étoiles qui disparaissent et d'autres qui apparaissent, un monde infini, un chaos de forces qui s'entrechoquent, … Ces observations déstructurent les représentations du cosmos immuable des grecs et la domination des autorités chrétiennes.
Ce bouleversement dans la perception du monde, va en entrainer bien d'autres. En effet, si la société ne peut plus s'appuyer sur le cosmos des grecs et la révélation du Dieu des chrétiens, il faut repenser et construire une humanité nouvelle.
Rousseau définit la spécificité de l'humain en ce qu'il est perfectible. Ce principe fondateur, a trois conséquences majeures : les humains sont les seuls êtres porteurs d'histoire, d'égale dignité et d'inquiétude morale.
Pour Kant, la vertu est une lutte de la liberté sur la nature qui est en nous. Ce n'est plus la Nature ou Dieu qui vont établir les finalités de l'existence des humains mais les humains, par et pour eux-mêmes. Vous avons là toutes les prémices de la révolution française et de la déclaration des droits de l'homme. L'individu est le cœur de la société.
Mais surtout, nous avons là les fondements de la valorisation du travail. Le travail est le propre de l'humain ; l'humain se construit en construisant le monde, en le transformant pour le rendre meilleur. Le travail devient le vecteur de la réalisation de soi, un moyen de s'éduquer, de s'épanouir, de se cultiver.
A la fin du XVIIIème siècle, le philosophe écossais, Adam Smith, décrit l'économie naissante ; le travail est sécable et peut être réparti entre plusieurs personnes ; c'est la base de la productivité. Le travail crée de la richesse qui s'échange et se transforme en monnaie. C'est le fondement de la valeur. Le travail est le nouveau rapport social qui structure la société. « La somme des intérêts particuliers correspond à l'intérêt général . » Mais, précise Adam Smith, ce système ne pourra fonctionner correctement que si chaque individu conserve un sens moral, en particulier « la sympathie » et « la maîtrise de soi » !
Des voix vont s'élever au XIXème siècle pour dénoncer l'aliénation et l'exploitation provoquées par les organisations du travail. La propriété privée des moyens de production en est la cause. Il faut donc centraliser l'économie et collectiviser ces moyens de production. Mais le rêve communiste deviendra un cauchemar.
Les sociétés centralisées et autoritaires ne sont pas adaptées pour sortir de l'ére industrielle et l'empire soviétique implose en 1989. La disparition de ce concurrent va dégager la voie pour l'ultra-libéralisme. « La sympathie » et la « maitrise de soi », chères à Adam Smith, vont passer aux oubliettes !
Dans l'ère de l'intelligence, le travail doit prendre une nouvelle dimension en retrouvant la maîtrise de ses finalités dans une économie au service des humains.
Avant de conclure cette approche historique du travail, il me paraît important et urgent de réfléchir aux deux dimensions concomitantes du travail dans nos vies, à savoir la consommation et les médias. Si beaucoup d'entre nous trouvent des satisfactions en consommant et en utilisant les médias, faisons nous la part des aliénations qu'elles procurent ? Comment sommes-nous manipulés, trompés, agressés par les publicités et les fausses promesses des produits et des services ? Comment nos aspirations et nos peurs sont-elles exploitées pour nous faire consommer plus, jusqu'à provoquer des conduites addictives ? Cela est particulièrement perceptible chez les plus jeunes et les plus fragiles d'entre nous.
3.3. En résumé : Aujourd'hui, le travail a plusieurs faces :
Sur la 1ère face : Le travail est une contrainte, une nécessité. Il n'est ni une valeur, ni une vertu en soi. Il exige des efforts ; il apporte son lot de fatigues et de désagréments, … Dans l'emploi salarié, la subordination a pour contrepartie une certaine sécurité ; lorsque celle-ci disparaît, la subordination est moins supportable ! Le travail peut nous aliéner, nous écraser ; il peut perdre tout sens ;
Sur la 2ème face : Dans le travail, je peux vivre des valeurs fortes : solidarité, créativité, courage, responsabilité, … C'est le vecteur principal de mon insertion sociale. Il m'insère dans des projets, des œuvres communes, …. Je participe à la construction d'un monde meilleur. Il peut me passionner. Il procure des relations, des liens ; il stimule mon développement personnel. En contrepartie de l'énergie et du temps que nous lui consacrons, il apporte un revenu (un pouvoir d'achat) qui m'autonomise.
Écoutons le point de vue du philosophe André Comte-Sponville :
« Le travail n'est un salut que pour les égarés ; une thérapie, que pour les fous. Pour les autres, il est ce qu'il doit être : une contrainte, une nécessité, presque toujours, et une passion, parfois, pour ceux qui aiment leur métier. Ceux-là ont beaucoup de chance, qui transforment le travail en bonheur. Qu'ils n'oublient pas, toutefois, que c'est l'amour qui les sauve, non le travail. »
(André Comte-Sponville, Sylvie Thybert, La vie humaine, Hermann, 2005.)
Cette pensée d'André Comte-Sponville doit être élargie. Aujourd'hui nous n'arrivons plus à penser un monde en dehors du tout économique, du tout travail. Or nos sociétés ont besoin de beauté, de bonté, de vérité et de fraternité. Ce sont les valeurs essentielles pour un vie humanisante en société. Nos relations aux autres, nos familles, nos talents divers doivent pouvoir s'épanouir.
Le travail en lui-même est ambivalent. A son propos, vous pouvez quasiment dire tout et son contraire ; ce qui est dans vos têtes est donc déterminant. Vos représentations de l'humain, de la société, du travail, de la vie, … induisent votre regard, font votre état d'esprit, mobilisent vos énergies. Epictète disait : « Ce qui différencie les humains, ce ne sont pas les faits mais la perception des faits » On ne voit pas avec ses yeux, mais avec son cerveau et son cœur. Au final, pour une bonne part, c'est votre conception personnelle du travail qui fera sa réalité. Pour une bonne part, votre regard fera votre réel.
4. Quel sont les formes à venir du travail ?
4.1. Le contexte : quelques grands défis de la planète :
L'avenir est à construire ; il contient un certain nombre de défis perceptibles ; pour éclairer l'avenir du travail, j'en ai choisi 5 majeurs :
- Faire bouger notre référent culturel. Redonner la primauté aux finalités et donc au politique (l'organisation de la cité) Penser le global et le complexe. Agir par et pour les humains, maîtriser le système technique, ... C'est une véritable écologie mentale que je prône ici. Observons que plusieurs événements vont dans le bon sens :
Le G20 intègre maintenant les principaux pôles de notre planète. La réforme de la Banque mondiale et du FMI, est en bonne voie. Les opinions publics ont de plus en plus de poids (chute du mur de Berlin, .... ) Et puis voyez ces myriades d'initiatives qui émergent. Je vous recommande le livre “80 hommes pour sauver la planète” de Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux.
- Développer et renforcer la gouvernance mondiale, pour réguler les ressources (eau, terre, minerais, pétrole, …) , pour réguler les marchés des biens et des services, pour lutter contre la pauvreté, ... pour établir un droit international, global
En cette matière l'exemplarité de la construction européenne est à mettre en exergue. Combien de jeunes en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie rêvent de voir essaimer le modèle européen ! Oui la construction de l'Europe nous apparait trop lente, trop bureaucratique, trop éloignée des citoyens, ... mais voyez aussi la révolution qu'elle porte : des peuples et des nations qui se sont fait la guerre durant des siècles coopèrent, créent une monnaie unique, favorisent la circulation des personnes, .... Les grandes conférences sur le climat progressent. Copenhague marque l'incapacité du système Onusien pour décider (il a très bien géré l'approche scientifique avec le GIEC, prix Nobel) et le début d'une gouvernance mondiale à construire.
- Nourrir 9 milliards d'humains en 2050 par des agricultures et des secteurs agro alimentaires intelligents. La plupart d'entre vous, qui avez choisi ces secteurs, œuvreront pour relever ce défi majeur.
Je vous recommande le livre de M. Parmentier qui fait un diagnostic très large de ce défi et présente les orientations pour le gagner.
- Rendre les mégapoles viables : (l'industrie de la ville) 80% de la population mondiale vivra dans des villes. Les plus grandes mégapoles sont dans les pays du sud.
En Californie se trouvent 50% des voitures à moteur hybride de la planète. Très récemment, les villes anglaises déclarent vouloir aller plus vite pour leur indépendance énergétique. Voyez toutes les innovations sociales de Londres.
- Augmenter les efforts d'éducation et de formation dans le monde.
Ils sont intégrés dans les indicateurs socio-économiques de l'ONU pour le suivi de chaque pays.
4.2. L'évolution des formes du travail ?
Les principales formes de travail d'aujourd'hui perdureront ; les évolutions sont lentes.
Je vous propose quatre éclairages, ..... :
- Comment évolueront les grandes organisations ? Quelques évolutions en cours sont repérables : nous passerons de plus en plus du modèle de la pyramide à celui l'archipel (plus d'autonomie et de responsabilité) pour gérer la complexité (plus de contraintes). Les démarches projet (de nouvelles gouvernances) exigerons plus d'innovation, ( plus de réactivité par des sous-traitants) et des alliances (plus de relations et d'intelligence collective)
- Comment apparaitront les innovations ? Plutôt par des petites structures fragiles et volatiles. Nous vivrons une imbrication des ces grandes organisations avec les PME et les TPE.
- Nous voyons se développer le secteur quaternaire : le monde du conseil, des réseaux, des médiations, ... qui contient aussi une économie du don par les associations, les fondations, les ONG, l'économie solidaire, ... (Cela sera développé demain)
- L'économie dominante exigera longtemps encore efficacité, flexibilité, réactivité. Le travail restera une variable d'ajustement. Nous aurons dans notre pays simultanément du chômage et un manque de main d'œuvre qualifiée. Les marchés, les technologies, les entreprises, les métiers, les personnes évolueront, changeront, muteront, …. Alors, pour faire face à ces contraintes renforcées,
.... une réforme majeure à faire :
Pour la population active, il est donc nécessaire de mettre en œuvre une certaine sécurisation des parcours professionnels pour éviter des ruptures brusques dans les situations et les revenus de chaque personne. Cela exige des mesures de prévention en GRH, l'adaptation des politiques sociales aux cycles économiques, le suivi personnalisé dans les périodes de transition, la fongibilité des budgets,…. A mon avis, telle est la réponse pragmatique et pertinente aux exigences de l'économie mondialisée. Il semble que les pays scandinaves en soient proches et tout particulièrement le Danemark (la flexi-sécurité). Nous avons encore beaucoup de progrès à faire en France en cette matière.
Ce doit être un projet prioritaire pour l'Europe.
En France, un certain nombre de réformes vont dans le bon sens :
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La régionalisation de la formation professionnelle.
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La mise en place du RMI, puis du RSA
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La mise en place du pôle emploi
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Le micro-crédit et le statut d'auto-entrepreneur
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Le projet d'un service public de l'orientation professionnelle. (voir la mission de Martin Hirsh sur la jeunesse)
Nous pourrions amplifier ces réformes :
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Mettre la VAE (Validation des acquis par l'expérience) sous l'autorité du Ministère du travail et non de l'Education Nationale.
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Transférer les lycées professionnels sous l'autorité de la Région. Cela renforcera la cohérence des missions régionales : développement économique, formation professionnelle (dont l'apprentissage), aménagement du territoire, ...
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Renforcer le régionalisation et la coopération du pôle emploi, de l'orientation, de la VAE et de la formation professionnelle. Mettre ainsi en œuvre une solidarité par et dans les territoires. Offrir ainsi aux jeunes et aux adultes des chemins différenciés de formations, de statuts, de pédagogies, ...
J'ai entendu un politique aller dans ce sens ; il s'agit de Tony Blair, dans son discours de fin de mandat, le 30 mars 2007.
« La génération d'aujourd'hui veut plus qu'un emploi, les gens veulent réaliser leur développement individuel au travers du travail autant que leurs espoirs et leurs craintes dans la vie familiale.... Malgré toute la pression, l'insécurité et le changement, ils savent que le monde est beaucoup plus ouvert, riche de possibilités et d'opportunités que jamais auparavant.... Notre tache est de les aider à explorer et à exploiter ces opportunités.... Les employeurs d'aujourd'hui recherchent des employés créatifs et à l'aise pour communiquer.... Le capital humain devient le déterminant clef du succès des entreprises et du pays. Le défi aujourd'hui consiste à rendre l'employé puissant, non dans une logique de conflit avec l'employeur, mais en terme d'employabilité. Le défi consiste à obtenir pour eux la fléxibilité, à en faire un enjeu de prise de pouvoir et de capacité à réaliser leurs aspirations. »
Et si ces orientations étaient une refondation de la social-démocratie ? Avec un état, non pour défendre et protéger le travailleur mais pour le promouvoir et lui permettre d'exercer réellement son pouvoir d'entreprendre, de réaliser, de construire, ... ?
Au niveau collectif, la flexi-sécurité est un objectif ambitieux et réaliste ; au niveau individuel, cette vision de l'avenir est exigeante. Le concept d'employabilité devient majeur. Il s'agit d'entretenir sa capacité à être opérationnel, à être recruté pour un autre emploi. Par trois shémas, je voudrai mettre en lumière ses exigences : (voir les schémas en annexe)
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Si nous différencions les énergies humaines, nous sommes certains que l'énergie principale, aujourd'hui, est la créativité.
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L'employabilité de chacun repose sur quatre piliers : l'éducation, la culture générale, la compétence professionnelle, l'insertion sociale. Chaque pilier doit se développer tout au long de la vie.
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Les trois clefs de l'avenir sont : la créativité, le sens de l'équipe (de l'intérêt général) et la capacité à aborder l'incertitude. Voilà pourquoi vos activités extra scolaires seront si déterminantes au cours de vos entretiens d'embauche.
Quel est l'avenir du travail ? Au delà des orientations générales que je viens de tracer, la réponse la plus pertinente viendra de vous-même. Elle sera fonction de votre état d'esprit, de vos expériences, de vos projets personnels. Tout est à construire. Pour vous procurer quelques pistes complémentaires de réflexion, il est temps que je réponde à la question initiale de ce séminaire :
5. Pourquoi ai-je travaillé ?
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Pour de multiples raisons :
En dernière année d'étude à l'université, j'ai assuré un monitorat pour m'acheter une première voiture d'occasion.
Je n'ai pas choisi mon premier emploi ; j'ai travaillé à temps plein, pour quitter mes parents, me marier, avoir mon premier logement, mes premières vacances, …
J'ai travaillé pour mon insertion professionnelle et sociale, pour mon développement personnel, pour accroître mes compétences et mes capacités ce qui renforçait ma liberté de penser et d'agir.
J'ai travaillé pour ma famille, pour assurer ses besoins matériels et l'enrichir de mille contacts et relations.
J'ai travaillé pour rendre mon environnement meilleur. Le monde est injuste, invivable pour certains, plein de souffrances ; alors j'ai tenté de créer des climats d'entreprise dynamiques, positifs, enrichissants, ….. D'où ma vocation pour la formation professionnelle (Cesi, Supelec et Université) et les restructurations des entreprises (Cilg, CCI, Lycée) qui sont les deux moteurs de ma vie professionnelle.
Au cours de ces emplois j'ai remplis mes contrats. A leur fin, il ne reste presque rien, si ce n'est la satisfaction du devoir accompli !
Mais il reste l'essentiel : ma famille a bien vécu et j'ai grandi intellectuellement et socialement grâce à toutes ces activités diverses et variées; et je me suis fait d'excellents amis. J'ai souvent eu du plaisir, car mes métiers furent tous intéressants et j'ai eu des moments d'allégresse quand certaines réussites étaient là.
Comment caractériser ces années de travail ? Cette intervention d'aujourd'hui, et je vous en remercie, m'a amené à porter un regard sur ma vie au travail ; je voudrai en dégager deux traits principaux.
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Le premier trait, « L'OTIUM » :
Comment vous expliquer cette imbrication de mes lectures, de mes curiosités, de mon travail, de mes centres d'intérêt, de mes randonnées ? Je ne connais pas de frontière entre mon métier, mes travaux personnels et mes loisirs. Lorsque je suis en mission à Abidjan et que durant les week-end je découvre le pays, suis-je au travail ou en loisir ?
Ce qui se joue ici, c'est la place du travail dans ma vie. Personnellement j'ai toujours été passionné par la vie sociale, les faits de société, la prospective ; mes différents métiers m'ont permis d'agir avec et sur ces centres d'intérets. Mes activités professionnelles étaient au service d'une cause plus large qui était en moi.
Je n'accepte pas la société telle qu 'elle est ; j'y suis rebelle ; il y a trop d'injustice, de misère, d'exclusion, ... Nous devons rendre notre société plus humaine ; nous sommes directement responsables de notre vie familiale, sociale, professionnelle, .... J'attache une grande importance à distinguer ce sur quoi je ne peux pas agir et sur quoi je peux agir. Et nos marges de manoeuvre sont plus importantes que nous ne le croyons.
Ce qui est premier, c'est ce que je veux faire. Dans le cas contraire, si je n'ai pas une vie intérieure, une envie de participer activement au « vivre ensemble », je subirai ma vie professionnelle ; elle ne sera faite que de contraintes et de dépendances.
Bien sûr, les métiers que j'ai pratiqués m'ont apporté leur lot d'épreuves ; mais si mon engagement personnel dépasse mon travail strictement salarié, alors je trouverai des raisons d'espérer et de persévérer. A regarder au large et au loin, le quotidien est moins laid et moins dur.
Comme le propose Bernard Stiegler, il y a un mot latin qui traduit cela : « l'OTIUM » Cela veut dire principalement : l'oisiveté, le loisir, le repos, l'inaction. (C'est le contraire de « NEG-OTIUM » le négoce ) Mais plus finement, cela veut dire aussi : « loisir studieux, études faites à loisir, les œuvres de mon loisir. » J'appellerai donc cette imbrication de mon travail et de mes loisirs « l'OTIUM », le loisir studieux et le labeur oisif.
Mais attention, cet « Otium » a un petit parfum sulfureux.
Le récent conflit des intermittents du spectacle concernait leur mode d'indemnisation durant leurs périodes d'inactivité. C'est un système très couteux qui se rapproche de la sécurisation du parcours professionnel évoquée précédemment. Et se pose, içi, la question de ce qui est rémunéré lors des périodes d'activité des artistes, les phases d'inactivité nourrissant les phases d'activité. Comment tenir compte de cela ? Comment les rémunérer ? Et serons-nous tous demain des intermittents ?
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Le deuxième trait, la « PHILIA » :
Comme je l'ai déclaré lors d'une assemblée de patrons « Je n'ai jamais serré la main d'une entreprise ! » Je n'ai travaillé qu'avec et que pour des êtres humains. C'est une réalité primaire, essentielle, existentielle : je ne travaille, je ne vis qu'avec des personnes et pour elles : ma famille, mes amis, mes collègues, mes clients, mes fournisseurs, .... Je n'existe que parce que je vis avec d'autres. TzvetanTodorov nous prévient : « La relation précède l'existence » Ce sont les autres qui nous font être.
Dans la tradition judéo-chrétienne, c'est l'amour qui doit régir les rapports entre les êtres humains. Mais ce mot amour est embarrassant car il s'applique à tout et à rien. Comme nous le rappelle André Comte-Sponville, les Grecs, plus malins, avaient trois mots pour parler de l'amour. Il y a « l'EROS » qui signifie le manque, le désir ; nous le laisserons à l'intimité de nos vies. Il y « l'AGAPE », d'origine chrétienne, qui signifie le banquet, les agapes, l'amour universel avec tous les êtres humains. Et puis il y a la « PHILIA ». Cela concerne un nombre plus restreint d'humains. Ce sont mes proches et mes amis. Je suis heureux qu'ils existent, je suis heureux de les connaître, ils comptent pour moi. Grâce à mon travail j'ai élargi ma Philia.
Ainsi les deux traits principaux qui ont marqué ma vie au travail sont « l'OTIUM » et la « PHILIA ».
Pour conclure, je dirai qu'en lui-même, le travail n'est pas une valeur. Ce qui comptera dans votre vie professionnelle, ce sont les valeurs personnelles que vous apporterez et que vous vivrez dans votre travail. Aussi, très sincèrement, je vous souhaite de construire progressivement votre OTIUM et une large PHILIA. Ce sont les piliers d'une vie bonne.
En guise de point final, la fable du « casseur de cailloux »
L’écrivain Charles Péguy arrive à Chartres pour un pèlerinage.
Il voit un type fatigué, suant, qui casse des cailloux. Son visage exprime le malheur et ses gestes expriment la rage. Il s’approche de lui. « Que faites-vous, Monsieur? », lui demande-t-il. « Vous voyez bien, lui répond l’homme, je casse des cailloux. C’est dur, j’ai mal au dos, j’ai soif et j’ai faim. Je fais un métier affreux et je suis un sous-homme ».
L'écrivain continue et voit un peu plus loin un homme qui casse des cailloux. Il a l’air lui aussi fatigué, mais son visage est calme et ses gestes harmonieux. « Monsieur, que faites-vous? » demande-t-il. « Eh bien, je gagne ma vie. Je casse des cailloux. Je n’ai pas trouvé d’autre métier pour nourrir ma famille. Je suis bien content d’avoir celui-là! », lui répond le deuxième casseur de cailloux.
Charles Péguy poursuit son chemin et s’approche d’un troisième casseur de cailloux souriant, et dont le visage irradie de bonheur. Il sourit et regarde avec plaisir les éclats de pierre. « Que faites-vous? » demande Charles Péguy. « Moi, monsieur, répond l’homme, je bâtis une cathédrale! »
Le geste est le même, mais le sens est différent. Quand on a une cathédrale dans la tête, on ne casse pas les cailloux de la même manière.
Texte inspiré de plusieurs versions de la Fable du casseur de cailloux de Charles Péguy.
Bibliographie
Alvin Toffler La 3ème vague, Denoël, 1980
Thierry Gaudin 2100, récit du prochain siècle, Payot, 1990
Edgar Morin Itinérance , Arléa, 2000
Hervé Serieyx Les jeunes et l'entreprise, Editions d'organisation 2005
Sylvain Darnil, Mathieu Le Roux, ( www.80hommes.com)
80 hommes, pour changer le monde, Le livre de poche, 2006
Bruno Parmentier Nourrir l'humanité, La découverte, 2007
Luc Ferry Apprendre à vivre, Luc Ferry, J'ai lu, 2008
J-C Guillebaud Le commencement d'un monde, Seuil, 2008
Bernard Stiegler Pour une nouvelle critique de l'économie politique, Galilée, 2009
Sites Internet
C.J.D. Centre des Jeunes Dirigeants : www.cjd.net
Agence de presse : www.reportersdespoirs.org
Association Jeunesse et Entreprises, AJE : www.jeunesse-entreprises.com
Mission de Martin Hirsch sur la jeunesse : www.lagenerationactive.fr
Les Semaines Sociales de France, sur les solidarités : www.ssf-fr.org
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