La pédagogie  
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Notes personnelles

1ère partie, en 1998, pour l'I.G.R. Rennes I  

2ème partie, en 2007

    

Cet article,

avec les schémas corespondants,

est téléchargeable dans la page "annexe"

 

      « Ce que tu es me parle tant,

       Que je n’entend pas ce que tu me dis »

                    Dicton de pédagogue

 

La pédagogie

1. Mes repères :

1.1. Former c’est :

= structurer, donner une forme, donner du sens (signification et direction)

      - à distinguer de : informer = réduire l’incertitude,

                         communiquer = mettre en commun,

      - c’est l’art de faire passer une personne ou un groupe d’un niveau  de   compétence A à un niveau B par un système pédagogique. (Voir le schéma    dans l'annexe, Dominique Beau)

1.2. Définir les besoins de formation :

- la demande n’est pas toujours le besoin !

- il faut analyser les besoins individuels et collectifs :    schéma en annexe

      savoir = connaissances, culture générale, référentiels, ...

      savoir-faire = tour de main, technique, pratique, maîtrise, ...

      savoir-être = attitude, comportement, style, autorité, charisme,

                         leadership, relationnel,

Illustration et débats :

L’économie est de plus en plus immatérielle ; le service se définit comme une co-production avec le client et donc la relation au client prime. Cela met en oeuvre des attitudes et de comportements exigeants de fortes capacités relationnelles. Mais les Français préfèrent la mécanique à la biologie et l’automatisme au relationnel ; d’où de grandes difficultés à intégrer cette dimension essentielle dans es processus de formation.

1.3. Définir les objectifs de formation :

           pour savoir où l’on va, ce que l’on veut faire

           pour choisir les méthodes adaptées

           pour faciliter l’animation

           pour rectifier le tir, si besoin

           pour vérifier ou l’on est arrivé

           pour faciliter l’évaluation ...          il faut définir les objectifs

Comment ?

Cela s’exprime par des verbes : répéter, refaire, relier, dialoguer avec, mettre en oeuvre, enrichir, évoluer, ...     « Le formé sera capable de ... »

Quelle évaluation ?     Critères  - de pertinence

                                          - de cohérence

                                           - d’efficacité

1.4. Choisir les méthodes pédagogiques :

- la pédagogie = quelle relation établir avec le formé ? Considérons-nous le formé comme un objet, un sujet ou un agent de transformation de la société ?   (voir schéma dans l'annexe)

- Illustration et débats :

Il existe un lien direct entre la relation au savoir et les relations sociales. C’est un enjeu fondamental de la société. Pourquoi, en France, la société civile ne peut-elle s’exprimer en cette matière ? Pourquoi cela reste-t-il une « affaire d’état » ?

1.5. Travailler sur les représentations :

« Ce qui différencie les hommes, ce ne sont pas les faits mais la perception des faits » Épictète

Tout personne écoute, décode, comprend, interprète, grâce à ses représentations de la vie, de l’humanité, ... Elles sont à la fois des aides et des freins pour la communication. Tout acte de formation joue avec les représentations. Former, c’est faire évoluer les représentations et les transformer en concept.

1.6. L’utilité de la pédagogie :

La pédagogie est un ensemble de techniques pour former une personne ou un groupe ; C’est un outil précieux pour gérer les mutations en cours.

2. …. confrontés à l’académisme français :

Ces repères sur la pédagogie sont extraits d’une note que j’ai faite pour la commission pédagogique de l’Institut de Gestion de Rennes (IGR, Université de Rennes I) lorsque j’y étais maître de conférence associé de 1997 à 2000.

Ingénieur-formation au Centre d’études Supérieures Industrielles (le CESI), j’ai bénéficié d’une formation pédagogique sans lien avec l’académisme français. Elle utilise les apports de la psychosociologie anglo-saxonne. Elle insiste sur les attitudes et une approche globale des situations.

Elle privilégie des démarches inductives qui respectent le triangle grec de la pensée : Les idées Il faut partir des faits ; toute inversion du sens des flèches nous entraîne vers une maladie de la pensée : l’idéologie pure, l’activisme, le velléitaire, …….  ( voir schéma dans l'annexe)

Dans l’enseignement professionnel, nous retrouvons cette approche qui examine les faits avant d’aborder les concepts.

L’approche des attitudes est ce qui me différencie le plus de l’académisme français qui ne s’occupe que de « connaissances » ; ce dernier refuse toute subjectivité ; des enseignants m’ont souvent dit que les apports des sciences sociales ne les concernaient pas. Et pourtant je reste convaincu que l’éducation précède l’instruction, que la relation aux autres induit la relation au savoir et réciproquement, que « la relation précède l’existence » (T. Todorov).

Je maintiens l’importance de la place, de la posture, de la distance du professeur par rapport au savoir et par rapport aux formés. Il faut faire vivre un triangle (savoir, professeur, élève) et non un binôme (Voir schéma dans l'annexe)

Voilà pourquoi l’introduction des Travaux Personnalisés Encadrés (les TPE) me donna beaucoup d’espoirs. Dans notre lycée, leur mise en place provoqua une réelle symbiose entre les documentalistes et les enseignants volontaires. Des lycéens firent des travaux remarquables. Je n’oublierai pas cette constatation d’un professeur « Je découvre que j’ai des élèves intelligents » Un autre me dit « Je ne pourrai plus faire de cours magistraux comme avant les TPE » Il fallut freiner certains lycéens qui travaillaient trop leurs TPE.

Pour la petite histoire, il faut savoir que pour financer la réforme des langues (3.000 postes), le ministère, inspiré par Bercy dit-on, supprima les TPE en terminale ! Désespoir ! Les syndicats ne dirent pas un mot. Dans le public, bien des professeurs n’accrochaient pas aux TPE. La raison essentielle est que cette suppression des TPE ne touchait aucune matière directement et donc les associations d’agrégés (les vigiles des programmes officiels) n’ont pas bougé. Cela vous montre le peu de cas de la pédagogie dans l’éducation nationale.

 

" Les sept savoirs "

Premièrement, il y a la connaissance. Deuxièmement, il y a la connaissance pertinente – c’est-à-dire la connaissance qui permet non seulement de distinguer et de séparer, mais encore de réunir et de contextualiser. Troisièmement, il y a l’étude de la condition humaine, aujourd’hui complètement désintégrée, alors qu’elle est le problème central de notre identité.

Quatrièmement, il y a la compréhension humaine : non seulement on ne comprend pas les autres, mais on ne se comprend pas soi-même, et il faut savoir pourquoi on ne comprend ni les autres ni soi-même ; c’est absolument vital si l’on veut que les relations humaines progressent.

Cinquièmement, il faut affronter les incertitudes : non seulement l’humanité a toujours vécu dans l’incertitude, mais notre temps est lui aussi rempli d’incertitudes ; nous ne savons pas ce qui se passera dans les six prochains mois. Il faut donc armer les esprits afin qu’ils puissent affronter les incertitudes personnelles et les incertitudes historiques.

Sixièmement, il faut enseigner l’ « identité terrienne », l’époque planétaire ; on est dans une époque et dans un monde où tout est en interaction. Il s’agit d’un problème central, et il faut que s’élabore une conscience du monde dans lequel nous sommes.

Enfin, il y a l’anthropo-éthique, qui concerne les rapports individu/société et individu/espèce. L’être humain ne se définit pas seulement par l’individu. Il est partie d’une société. Il est partie d’une espèce. En même temps, l’espèce ne peut se maintenir que grâce aux individus, puisqu’il faut que ceux-ci la reproduisent. Quant à la société, elle disparaît dès que cessent les interactions entre individus. Donc nous portons et l’espèce et la société à l’intérieur de nous.

Et en plus nous disposons de la conscience. Autrement dit, la morale n’est pas seulement pour l’individu. Elle régit aussi la relation individu/société. Et la bonne relation serait celle qui pourrait développer une démocratie, car, la démocratie, c’est ce qui permet aux individus contrôlés de devenir eux-mêmes contrôleurs, et d’assumer ainsi responsabilité et solidarité. Enfin il y a aussi l’éthique à l’égard du genre humain, qui exige d’oeuvrer pour la citoyenneté planétaire, la citoyenneté terrienne. »

Edgar MORIN ( Itinérance, Arlea, 2000 )