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Article paru dans « 2000 Pourquoi ? Pour qui ? »

Production de l’enseignement catholique d’Ille et Vilaine

Dirigée par Hervé Boucher, juillet 1999

Actualisé en mars 2009


           « Si tu veux faire un sillon bien droit,

              Accroche ta charrue à une étoile »


« S’orienter »


Il y a deux millénaires, s’orienter était une question de vie ou de mort. Imaginez un marin grec naviguant en Méditerranée ; il n’a ni boussole, ni compas, ni G.P.S., …

Aujourd’hui, les formidables progrès de la science nous permettent d’avoir des cartes, de circuler sur la terre, de naviguer sur les océans ou de voler dans les airs avec une parfaite précision. S’orienter s’apprend jeune ; c’est un jeu d’enfant.

« S’orienter » en l’an 2000 a changé de sens. Dans un monde de plus en plus complexe, que nulle carte ne peut représenter, il nous faut choisir un chemin et tracer notre route pour notre vie future. Quel instrument peut-il nous venir en aide pour effectuer le bon choix d’étude, de formation professionnelle, de vie, …?

1. Une carte du futur :

Tentons de tracer quelques repères de la carte du futur.

La population mondiale est de 6 milliards d’êtres humains. Vers 2050, elle sera de 9 milliards. Une progression de 50% en 2 générations ! Elle augmentera peu dans les pays riches du nord de notre planète, elle va s’accroître fortement dans les pays pauvres du sud. Les populations vivront de plus en plus dans les villes. Combien de nouveaux problèmes vont être à résoudre : pollution, eau potable, santé, éducation, transport, habitat, … ?

L’économie se caractérise par la globalisation, l’innovation et la vitesse. L’ère agricole a été submergée par l’ère industrielle. Cette dernière est elle-même submergée par l’ère de l’intelligence, de la communication (c’est à dire «  mettre en commun »). La qualité l’emporte sur la quantité ; la créativité remplace l’imitation ; l’innovation bouscule la tradition. L’homme re-apprend à vivre avec la nature. Depuis deux siècles, le progrès était source d’espoir ; aujourd’hui nous sommes sceptiques à son sujet. Nous vivons avec des idées, des institutions, des organisations héritées du XIX ème siècle, alors que la science et la technique nous projettent dans les univers nouveaux de la génétique, de l’informatique, des nouveaux matériaux, des outils de communication, …

Le temps du ciel (des dieux et des saisons) a été balayé par le temps « chronos » de l’ère industrielle ; nous vivons maintenant en temps réel quand ce n’est pas en temps virtuel !

Dans l’ère agricole, le capital le plus précieux était la terre ; dans l’ère industrielle, ce fut l’information et le savoir ; dans la nouvelle ère, c’est l’échange, la relation, le partage.

Dans l’ère agricole, l’énergie humaine (et animale) la plus importante était celle du muscle. Dans l’ère industrielle ce fut l’énergie nerveuse, celle de l’impulsion. Dans l’ère nouvelle c’est la réflexion et la créativité qui font la différence.

La matière première d’aujourd’hui est la matière grise ; la principale source d’énergie, c’est l’intelligence collective.

Nous pourrions continuer longtemps cette inventaire des mutations en cours : l’espérance de vie, les relations affectives, la famille, ….

Ainsi se dégagent les valeurs, les qualités humaines qui seront les plus appréciées dans les années à venir :

  • savoir gérer ses incertitudes, oser l’inconnu,

  • savoir coopérer, vivre en équipe, contribuer à une œuvre collective,

  • être créatif, innover,

C’est notre capacité à vivre en bonnes relations avec les autres, à les écouter, à les comprendre, à les respecter, qui sera vital pour être un acteur debout sur notre planète.

Plus prés de nous, nous savons que la France vieillit. Nous allons manquer de main d’œuvre compétente ; il n’y aura pas plus de 5% d’emplois très peu qualifiés. Nous manquons déjà de soudeurs, de médecins hospitaliers, de plombiers, …

72% des emplois sont dans le secteur des services : co-produire avec le client, traiter l’information sont des dimensions incontournables de chaque métiers. Ainsi nous passons de la qualification à la compétence. Celle-ci est la conjonction de savoir, de savoir faire et surtout de savoir être. L’emploi rémunéré, à temps plein et à vie sera de plus en plus rare. Flexibilité, changement de métier, mutation, déménagement, … seront choses courantes.  Notre penchant culturel à éviter les relations humaines, doit s’estomper si nous voulons nous approprier cette nouvelle ère.

Loin de nous effrayer, nous devons discerner dans les évolutions en cours des facteurs positifs et tout spécialement ce retour aux valeurs humaines, à nos volontés, à nos capacités d’entraide et de solidarité. Non, il n’y a pas de bonheur garanti par la machine, la technique, ou la science, …

2. Une boussole :

Pour nous repérer dans ce monde de plus en plus complexe, dans cette carte du futur que chacun doit tenter de dessiner, il nous faudrait une boussole dont l’aiguille aimantée serait attirée par le bonheur, la paix, l’amour.

De fait, cette boussole est en nous. Ce sont nos désirs qui nous guident : désir de réussir, désir d’échanger, désir d’aimer, … Nous ne pouvons compter que sur cette source unique et inépuisable.

Quelques phrases célèbres nous rappellent cette vérité :

            - le « Va vers toi » de la Genèse

            - Le « Connais-toi, toi-même » inscrit sur le fronton du temple de Delphes, à l’époque de Socrate

- le « Deviens ce que tu es » de Nietzsche

3. Une route :

Si nous pouvons dessiner quelques traits de la carte du futur, si nous savons que notre boussole est en nous, alors il nous faut tracer une route.

D’expérience, nous constatons que la capacité des jeunes à s’orienter est très dépendante de la façon dont les parents se représentent l’avenir et plus spécialement le futur de leur enfant.

Si les parents ont une vision positive de l’avenir, leur enfant s’orientera avec confiance. Si les parents ont une vision pessimiste du futur, leur enfant aura du mal à se positionner. Nous voyons aussi des jeunes travailler dur et s’orienter intelligemment pour fuir un environnement familial trop étroit. Nous voyons aussi des jeunes trop gâtés croire que la vie ne consiste qu’à consommer.

Cette nécessité de se projeter dans le futur se justifie d’autant plus que les jeunes ont une perspective de 6 à 8 ans d’études et de formation professionnelle. Ils arriveront sur le marché du travail vers 2015 – 2017. Leur pleine maturité, ils l’auront à 35 ans, c’est à dire vers 2024 - 2026 ; c’est pour cela que nous les éduquons ; afin qu’à cet âge ils soient en pleine possession de leur capacité de travailler, de jouer un rôle social, d’aimer, …

Attention donc à ne pas réfléchir à leur orientation avec les seules données du temps présent, voire celles du passé.

L’avenir d’un jeune est un monde très ouvert et en expansion ; il y a beaucoup d’inconnus, ce qui élargit les choix, ....Sa préparation à « sa » vie d’adulte repose sur 4 éléments:

  1. son éducation : le savoir-vivre en société, son relationnel, sa citoyenneté,

  2. sa culture générale, sa capacité d’adaptation,

  3. sa formation professionnelle : sa qualification (le savoir, le savoir-faire, le savoir être)

  4. son insertion professionnelle : le rite initiatique de notre société (épreuve et intégration), une étape de vie plus difficile qu’autrefois.

Ces 4 éléments permettent de construire sa compétence. C'est le socle de son employabilité.

Il n’y a aucune route idéale ! il faut tracer « sa » route :

            - l’apprentissage ne permet pas de développer une forte culture générale

- l’université est parfois trop éloignée de l’entreprise, …

De tout cela, qu’en dégager de concret pour accompagner l’orientation de nos enfants ?

 - Poussez les, autant que faire se peut, à acquérir une bonne formation générale ; si c’est leur goût pourquoi pas des lettres ? de la psychologie ? Mais ils doivent comprendre que pour trouver du travail, en dehors du professorat, ils devront atterrir par une formation professionnalisante. Exemple : après une licence de sociologie, faire une formation d’assistante de PME-PMI ; après une licence de lettres faire un CAP de fleuriste, …

 - s’il peine en formation générale, n’hésitez pas à choisir une formation technologique ou professionnelle ; il y aura beaucoup d’emplois disponibles en électronique, en mécanique, en bâtiment même pour les jeunes filles ! Complétez ces formations par de la culture générale (sous forme de cinéma ou de théâtre), osez des doubles compétences, osez des stages à l’étranger, il y a plusieurs formes d’intelligence !

Pour élargir cette route, ajoutez-y :    - des rencontres avec des professionnels

           - des stages en entreprises,

mais surtout créez des conditions favorables pour qu’ils prennent des initiatives, des responsabilités dans la vie associative. Acquérir une maturité sociale, sera déterminant pour leur insertion professionnelle ; il peuvent l’acquérir en devenant : délégué de classe, moniteur de colonie de vacances, animateurs sportifs, secouristes, …

Car pour un jeune, dans « sa » vie, qu’est ce qui fera « sa » différence ? Sa personnalité, son sens de l’équipe, son courage, sa créativité...et tout cela ne peut être apporté uniquement par l’école ! Cela viendra de sa famille, de ses amis, de ses expériences de vie de groupe, .....

Oui ! Nous avons besoin des jeunes, le monde est à construire !

Vous les jeunes : vivez intensément, rencontrez le maximum de personnes, de professionnels pour tester vos rêves, pour apprendre à interroger, à écouter. Mais surtout, engagez vous, menez des actions en groupe, bricolez, voyagez, découvrez le monde, soyez entreprenants..... Alors bonne route et surtout ne perdez pas votre boussole ......

Pour conclure, arrêtons-nous un instant sur ce mot «orientation ». Il nous a fait penser à une carte, à une boussole et à une route ; mais une boussole est orientée vers le Nord ; or le mot orientation a pour racine «orient », c’est à dire l’Est ! Cette étrangeté nous fait remonter à l’époque des hébreux. Leur point de repère est l’orient. Pour eux, qui ne connaissaient pas la boussole, le point cardinal le plus important était celui du lever du jour ; c’est le jour nouveau, c’est l’avenir, c’est l’espérance.  Dans la Genèse « Dieu planta un jardin en Eden, à l’Orient ». Le paradis est à l’est. A Noël, les mages viennent d’Orient. Les savants, le nouveau monde viennent de l’est.

Vous voyez que l’expression « s’orienter » contient une symbolique riche de sens, pleine d ‘espérance et de confiance dans l’avenir.