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Intervention lors de 

 l’Assemblée générale du MEDEF d’Ille et Vilaine 

A Saint-Malo, le 12 octobre 2003 

 

  « Il a réussi, car il ne savait pas que c’était impossible » Dicton américain


Ecole et Entreprise

 

1. La planète Professeurs :

- Les professeurs sont les héritiers des « Hussards de la République », se consacrant corps et âme à l’éducation et à l’instruction des jeunes pour les armer contre trois maux :

      - L’obscurantisme des religions

      - L’exploitation des enfants par les manufactures

      -Et accessoirement, il fallait extraire ces jeunes du déterminisme familial.

- Les professeurs ignorent l’entreprise ; l’environnement médiatique alimente leur défiance. Cela est moins vrai pour les professeurs de l’enseignement professionnel. Mais ceux-ci considèrent les branches professionnelles de plus en plus comme des concurrents et une menace pour leur emploi.

- Les enseignants ont une mission de transmission des savoirs ; ils sont plutôt tournés vers le passé ; les entrepreneurs sont davantage tournés vers le futur.

- L’enseignant connaît peu le risque et l’incertitude pour son emploi. L’enseignant a souvent une vision linéaire des métiers. Il y a peu d’enjeux dans le système bureaucratique de l’éducation nationale. Pour l’entrepreneur, le risque est son essence.

- Les enseignants aiment les jeunes ; cela n’est pas fréquent dans nos sociétés (depuis Platon …)

- Les enseignants ont des complexes d’infériorité ou de supériorité vis à vis de l’entreprise ; il en est de même pour les cadres et les dirigeants vis à vis de l’école. Cela complique les échanges entre eux.

2. La Planète Jeunes

- En quoi les jeunes sont-ils différents ? L’instantanéité (le sacre du présent), le narcissisme, l’émotion ; le zapping ; l’intégration ; le besoin d’une expression explicite pour comprendre. La publicité les bombarde et la télévision les formate.

- Il y a des étapes dans le développement d’un jeune ;  en 5ème et 4ème le pré-adolescent vit un temps de trouble. En 3ème et  2des, il vit un déséquilibre, un vertige narcissique, un temps sans projet. Il forge sa représentation de l’humain ; son engagement va accélérer cette construction. Ils ont besoin de protection et de chaleur. En 1ère et Terminale, vient le temps de l’appropriation du futur. Voyez l’incohérence : il sera demandé à des jeunes de 15 ans, en difficulté, de s’orienter, de faire un projet de vie, au moment où il ne sont pas armés pour cela et que tout bouge autour d’eux. Petit détail : lorsque le développement économique local est perçu par un jeune, cela facilite son orientation ! (La Voix du Nord)

- Quant aux jeunes qui démarrent leur vie professionnelle, Hervé Syrieix nous prévient : « si vous croyez que les jeunes, c’est vous en moins vieux, vous vous trompez ! » Ils sont soucieux de leur employabilité ; il veulent un patron « bien » ; le travail n’est pas une vertu et ils zappent ; 85% des départs sont dus à un désaccord avec leur hiérarchie directe.

- Selon l’étude du Conseil Economique et Social, 80% des jeunes se sentent bien dans leur peau mais critiquent notre société. Beaucoup d’adultes sont plus « pommés » que les jeunes ; il est facile de montrer combien nos paroles, sur et pour les jeunes, se fracassent contre nos actes :

- « la menace des jeunes drogués » ! Et notre consommation de prozac et d’alcools

- « la réussite par le travail » ! Et ils n’entendent parler que des 35h, de la retraite, des loisirs !

- « l’orientation et le projet de vie » ! Mais quels sont les projets des adultes ?

- « l’engagement, la parole donnée » ! Et l’éclatement des couples !

- « apprendre pour l’emploi » ! Et le chômage et les plans sociaux !

- « l’ouverture sur le monde » ! Et l’absence de dialogue en famille !

- « l’honnêteté et l’intégrité » ! Et les scandales du Crédit Lyonnais, d’ELF, ……

3. Des actions menées à Saint-Malo :

Avec l’appui de « l’Association Jeunesse et Entreprise » (A.J.E.) de Quimper, nous avons créé un Club AJE sur Saint-Malo. Jean-Michel Le Pennec le préside. Il rassemble des dirigeants d’entreprise et des chefs d’établissements scolaires (collèges et lycées, publics et privés).

Nous voulons favoriser :

- les missions des enseignants en entreprise,

- des visites d’entreprises par des professeurs principaux et des élèves,

- des binômes dirigeants et chefs d’établissement,

- et des rencontres de professeurs principaux avec des professionnels en entreprise.

Je n’ai jamais serré la main d’une entreprise !  C’est pourquoi nous privilégions les rencontres entre des personnes de « ces deux mondes d’excellence qui s’ignorent » (Yvon Gattaz). Ces rencontres réduisent les stéréotypes et les préjugés ; elles apportent aux enseignants une vision plus large de la vie professionnelle (exemple de l’équipe du grand Aquarium de Saint-Malo ou du responsable sécurité de LAB à Dinard)

C’est un travail de longue haleine ; il faut mettre en place entre l’école et l’entreprise des interprètes et des médiateurs.

Post-scriptum :

L’école de Jules Ferry avait fière allure ; nous avons vu et nous avons, peut-être, été de ces élèves, en rang, devant leur classe et qui rentraient, en silence, au signal du maître.

Ces maîtres étaient des « Hussards de la République » et de farouches opposants au capitalisme, aux manufactures, aux patrons, ……

Mais étaient-ils conscients que leur manière d’éduquer les élèves rendait les plus grands services aux patrons ? En effet, ces jeunes venus pour la plupart du monde agricole, devaient apprendre le temps et la discipline.

Leur temps était celui du ciel, du jour et de la nuit, du soleil et de la pluie. Mais l’ère nouvelle exigeait qu’ils assimilent le temps du chronomètre, la synchronisation étant l’un des piliers du système industriel.

La discipline n’est pas naturelle ; la mise en rang et le silence imposé préparaient de futurs ouvriers dociles. 

A m’entendre, mes braves hussards, que j’aime tendrement, doivent se retourner dans leurs tombes !

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Car de nos jours, les héritiers de ces hussards, anticapitalistes forcenés, font tout pour développer l’esprit critique, la culture générale, l’autonomie de chaque élève. Ils croient ainsi s’opposer ardemment aux forces du mal en forgeant de futurs employés rebelles. Mais ce sont ces mêmes qualités que recherchent les bonnes entreprises, celles à haute valeur ajoutée, qui exigent créativité et autonomie.

Ces exemples nous démontrent que nous sommes dans le même bateau et que nos oppositions sont souvent bien artificielles !

L’objectif des enseignants d’aujourd’hui est très proche des attentes du monde socioéconomique. L’ère de l’intelligence exige de la culture générale, de l’originalité, de l’esprit critique, ……. L’alliance est donc possible et se fera progressivement.

Dans l’ère de l’intelligence, l’école et l’entreprise travailleront ensemble.